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Concert du rappeur Médine au Bataclan

Question d'actualité au gouvernement posée le 13/06/2018 par Sébastien Meurant à M. Édouard Philippe - Premier ministre

Monsieur le président, monsieur le ministre d'État, ministre de l'intérieur, mes chers collègues, nous avons appris avec stupéfaction et colère que le rappeur islamiste Médine allait se produire sur la scène du Bataclan en octobre prochain.


Cet homme a naguère posé avec un tee-shirt portant la mention « Jihad » en lettres d'or sur fond noir. Pour qu'il soit bien clair que le jihad dont il était question n'était pas uniquement une réforme personnelle et morale, comme le veulent les tenants de la taqîya, le « J » initial y était figuré par un sabre, même si le titre complet de l'album était « Jihad : le plus grand combat est contre soi-même ».


Le nom même du rappeur Médine fait clairement allusion à la période médinoise de la vie de Mahomet, durant laquelle les massacres succédèrent aux massacres et les viols aux viols. C'est cette période qui vit l'abrogation des versets coraniques favorables à la liberté religieuse et à la coexistence pacifique avec les juifs et les chrétiens, par d'autres versets coraniques invitant à massacrer et à réduire en esclavage les non-musulmans. C'était au VIIe siècle !


Aujourd'hui, au XXIe siècle, un examen rapide sur internet permet de retrouver bien des paroles de ce rappeur. Il y fait l'éloge de la polygamie, invite à crucifier les « laïcards » ou se propose d'émettre des fatwas sur les gens qui ne lui reviennent pas.


Que ce rappeur diffuse ses textes d'appel à la haine sans avoir jamais été inquiété est en soi problématique. Qu'il se produise au Bataclan, où des jihadistes ont causé la mort de plus de 130 personnes et fait plus de 400 blessés est, évidemment, un scandale beaucoup plus grand encore.


Toutefois, le pire, selon moi, réside dans les réactions des bien-pensants, ou dans leur absence de réaction. Ceux-ci nous expliquent que protester contre ce scandale reviendrait à limiter la liberté d'expression. Je serais pourtant curieux de savoir quel contexte justifie des appels au meurtre !


On peut présenter toutes les arguties que l'on voudra, la réalité, dans sa cruelle simplicité, c'est que le théâtre de l'une des tueries les plus sanglantes jamais perpétrées sur notre sol va recevoir un apologiste du jihad et de l'islam radical et que cela constitue un scandale inouï et abject.


C'est pourquoi je souhaiterais savoir ce que le Gouvernement compte faire devant cette abomination.


(Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – Mmes Nadia Sollogoub et Annick Billon, ainsi que M. Jean-Louis Lagourgue applaudissent également.)

 

Réponse du Premier ministre


Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, monsieur le sénateur, avant de répondre, je souhaite présenter mes excuses à M. le président du Sénat pour mon absence à la séance des questions au Sénat de la semaine dernière. Je me trouvais dans le beau département de la Haute-Garonne, dans la superbe métropole de Toulouse. J'essaie d'être systématiquement présent – c'est bien naturel pour le Premier ministre – devant les sénateurs, mais ce n'était pas le cas la semaine dernière, je vous prie de bien vouloir m'en excuser.


Monsieur le sénateur, vous m'interrogez sur la programmation du Bataclan et sur le fait que le rappeur que vous avez mentionné s'y produise.


J'entends votre colère. Monsieur le sénateur, jamais plus le Bataclan ne sera une salle comme les autres. L'Histoire, le drame qui s'y est joué, les morts font que plus rien n'y sera comme avant.


Il se trouve, monsieur le sénateur – il nous faut l'entendre au moins autant que votre réaction –, que ceux qui faisaient vivre le Bataclan en 2015, ceux qui aujourd'hui le font vivre et l'ont remonté ont choisi librement la programmation que vous critiquez.


M. Pierre Charon. C'est honteux !


M. Édouard Philippe, Premier ministre. Monsieur le sénateur, c'est peut-être honteux pour vous, mais ils ont choisi cette programmation. (Exclamations sur des travées du groupe Les Républicains.)


M. Jacques Grosperrin. C'est honteux pour la République !


M. Édouard Philippe, Premier ministre. Monsieur le sénateur, on peut parfaitement être choqué par les textes que vous avez évoqués – ils datent, en l'occurrence, de 2005 –,…


M. Roger Karoutchi. Pas tous !


M. Édouard Philippe, Premier ministre. … on peut parfaitement ne pas les approuver, mais on peut aussi, me semble-t-il, se fixer comme règle simple – je sais que le Sénat y est sensible – de vouloir en toute matière respecter la loi.

S'agissant d'un concert, s'agissant du choix libre effectué par une salle de sa programmation, la loi est très simple. Elle ne permet d'interdire, le cas échéant, que lorsque la programmation causerait un trouble manifeste à l'ordre public. (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains et sur des travées du groupe Union Centriste. – M. Stéphane Ravier proteste également.)


M. François Bonhomme. Et la décence ?


M. le président. Je vous en prie, laissez M. le Premier ministre poursuivre !


M. Édouard Philippe, Premier ministre. Mesdames, messieurs les sénateurs, j'essaie de m'exprimer calmement sur un sujet qui vous touche autant que moi, et j'essaie de rappeler, car cela ne me semble pas déplacé après que des actes terroristes ont été commis, ce qu'est aujourd'hui la loi, à laquelle vous êtes strictement attachés, ainsi que vous l'avez systématiquement affirmé lorsque M. le ministre d'État, ministre de l'intérieur est venu défendre ici un certain nombre de projets de loi. Vous disiez, à juste titre, qu'au Sénat, vous étiez aussi les gardiens des libertés publiques. Je dis donc qu'en la matière la loi est claire :…


M. Marc-Philippe Daubresse. Comme la loi sur les fake news, c'est indéfendable !


M. Édouard Philippe, Premier ministre. … incitation à la haine raciale ou trouble manifeste à l'ordre public sont les deux seuls fondements qui pourraient justifier une mesure. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.)


M. Bruno Retailleau. Et Dieudonné ?...


M. Édouard Philippe, Premier ministre. Nous respecterons donc scrupuleusement et la liberté d'expression et la loi. C'est la ligne du Gouvernement,…


M. Jean-Paul Émorine. Je n'ai pas de mots !


M. Édouard Philippe, Premier ministre. … et nous la tiendrons en nous attachant autant au respect de la loi qu'à la mémoire de ceux qui ont trouvé la mort ou qui étaient présents ce soir-là. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, ainsi que sur des travées du groupe socialiste et républicain, du groupe communiste républicain citoyen et écologiste et du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.)


M. Jacques Grosperrin. C'est indéfendable !

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